Les troubles anxieux chez les enfants : reconnaître et traiter — Signes précoces et approches thérapeutiques efficaces
Un enfant anxieux dit rarement qu'il est anxieux. Il dit qu'il a mal au ventre le dimanche soir. Qu'il déteste la maîtresse, ou la cantine, ou le vestiaire de sport. Qu'il ne veut plus voir untel. Parfois, il ne dit rien du tout : il négocie, il tergiverse, il claque une porte, ou il se lave les mains une fois de trop avant de descendre manger. Le trouble anxieux ne s'annonce presque jamais sous son vrai nom — et c'est précisément ce qui en fait, encore aujourd'hui, l'un des troubles psychiques les plus fréquents et les plus sous-reconnus de l'enfance.
Les chiffres eux-mêmes ont de quoi surprendre parents et professionnels de terrain : selon les estimations les plus robustes, entre 10 et 20 % des enfants et adolescents répondront, à un moment de leur développement, aux critères d'un trouble anxieux. La grande majorité d'entre eux ne recevront pourtant jamais de prise en charge adaptée — non par manque de traitements efficaces, mais parce que le trouble se dissimule derrière des plaintes somatiques, des évitements discrets ou des colères que l'entourage attribue, à tort, au tempérament de l'enfant.
Cet article propose un état des lieux clinique construit à partir de la littérature scientifique la plus récente : où se situe la frontière entre anxiété développementale normale et trouble installé, quels signes doivent alerter selon l'âge, ce que l'on sait aujourd'hui de ses origines, et surtout quelles approches thérapeutiques ont fait la preuve de leur efficacité — et dans quelle mesure. Il s'agit moins d'un catalogue de symptômes à cocher que d'une grille de lecture clinique, destinée à aider parents et professionnels à distinguer, avec la rigueur que ce sujet mérite, ce qui relève du développement normal de ce qui appelle une intervention.
A. Anxiété normale, anxiété pathologique : où se situe la frontière ?
La peur et l'inquiétude font partie intégrante du développement humain. Un enfant de deux ans qui pleure lorsqu'on le sépare de sa mère, un enfant de quatre ans qui craint le noir ou les monstres, un enfant de huit ans qui redoute de se tromper devant la classe : ces réactions ne sont pas des symptômes, elles sont des étapes attendues d'une maturation émotionnelle normale, qui suivent d'ailleurs une chronologie assez prévisible — peur de la séparation et des étrangers chez le tout-petit, peurs imaginaires chez l'enfant d'âge préscolaire, peur de l'échec et du jugement social à mesure que l'enfant grandit.
Ce qui distingue l'anxiété normale du trouble anxieux ne relève donc pas de la nature de la peur, mais de trois critères convergents : son intensité, disproportionnée par rapport au danger réel ; sa persistance, au-delà de plusieurs mois et non plus limitée à un contexte ponctuel ; et surtout son retentissement fonctionnel — la mesure dans laquelle elle empêche l'enfant de vivre, d'apprendre, de se faire des amis ou de dormir correctement. Un enfant peut avoir peur des chiens sans que cela constitue un trouble ; il en va autrement lorsque cette peur l'empêche de se rendre chez ses grands-parents ou de jouer dehors avec ses camarades. Les classifications diagnostiques actuelles retiennent d'ailleurs un critère de durée explicite — une persistance d'au moins six mois pour la plupart des troubles anxieux de cette tranche d'âge — précisément pour éviter de pathologiser des peurs transitoires normales, tout en donnant un repère clair aux cliniciens.
Les données épidémiologiques disponibles convergent : les troubles anxieux constituent la catégorie de troubles psychiques la plus fréquente chez l'enfant et l'adolescent, avec une prévalence généralement estimée entre 10 et 20 % selon les populations et les instruments de mesure utilisés, et une nette surreprésentation féminine qui s'accentue à l'adolescence. Plusieurs synthèses récentes documentent par ailleurs une augmentation sensible de cette prévalence au cours de la dernière décennie, tendance amplifiée par la pandémie de COVID-19 : plusieurs cohortes ont enregistré un quasi-doublement des symptômes anxieux chez les jeunes durant cette période, avec un effet plus marqué chez les filles. Loin d'être un trouble marginal ou un simple trait de caractère, l'anxiété pathologique de l'enfant est donc un problème de santé publique à part entière — et un problème que la recherche des quinze dernières années a considérablement mieux caractérisé, tant dans ses mécanismes que dans ses traitements.
B. Les signes précoces à repérer selon l'âge et le développement
La difficulté principale du repérage tient à ce que l'anxiété infantile s'exprime rarement par une plainte verbale directe. Elle se traduit plutôt par un ensemble de signes indirects, dont la forme évolue avec l'âge et le niveau de développement du langage émotionnel.
Chez le très jeune enfant (deux à cinq ans), les indices les plus fiables sont une détresse de séparation disproportionnée et prolongée au-delà de l'âge où elle est développementalement attendue, un refus persistant d'être confié à des adultes pourtant familiers, des pleurs ou des douleurs somatiques récurrentes au moment des transitions (dépose à la crèche ou à l'école), ainsi que des troubles du sommeil marqués par des réveils nocturnes fréquents ou une résistance intense au coucher.
Chez l'enfant d'âge scolaire (six à douze ans), le tableau se complexifie : plaintes somatiques répétées — maux de ventre, maux de tête, nausées — particulièrement fréquentes le dimanche soir ou avant une échéance scolaire ; besoin de réassurance quasi constant (« tout va bien se passer ? », posé plusieurs fois de suite pour une même situation) ; perfectionnisme et peur disproportionnée de l'erreur ; évitement de certaines activités (prise de parole, sport collectif, nuitées chez des amis) ; irritabilité et crises qui, à l'observation clinique, s'avèrent déclenchées par une situation redoutée plutôt que par une opposition délibérée. Un point mérite d'être souligné, car il échappe souvent à l'attention des familles : des comportements aussi variés que le refus alimentaire sélectif, les troubles du sommeil ou, plus tard, la consommation de substances peuvent être des expressions indirectes d'une anxiété non identifiée plutôt que de simples caprices ou choix de l'enfant.
À l'adolescence enfin, l'anxiété prend volontiers la forme d'un retrait social, d'un évitement des situations d'évaluation (exposés, examens, interactions nouvelles), d'une recherche de réassurance déplacée vers les pairs ou les écrans, de tensions musculaires et de fatigue chronique, ou encore d'une procrastination alimentée par la peur de l'échec plus que par un manque réel de motivation. Contrairement à une idée reçue, cette anxiété adolescente s'accompagne rarement d'une demande d'aide spontanée : la honte associée au trouble, combinée au souci de ne pas se distinguer de ses pairs, pousse au contraire de nombreux adolescents à dissimuler activement leurs difficultés, parfois pendant plusieurs années.
Dans une consultation pédiatrique ou psychologique de routine, quelques questions simples sur l'hygiène de vie quotidienne — le sommeil, l'appétit, les relations avec la fratrie et les pairs, les loisirs, le rapport à l'école — permettent souvent de faire émerger des indices que ni l'enfant ni les parents n'auraient spontanément reliés à de l'anxiété. C'est cette combinaison de persistance et de retentissement fonctionnel, plus que la présence isolée d'un seul de ces signes, qui doit orienter vers une évaluation plus approfondie.
C. Les principaux tableaux cliniques : une famille de troubles, pas un trouble unique
Parler « du » trouble anxieux de l'enfant est un raccourci trompeur : il s'agit en réalité d'une famille de tableaux cliniques distincts, qui partagent un mécanisme commun — la surestimation du danger et la sous-estimation des ressources pour y faire face — mais dont la présentation, l'âge d'apparition et la prise en charge diffèrent sensiblement.
Le trouble anxieux de séparation est le plus fréquent chez le jeune enfant. Il se caractérise par une peur excessive d'être séparé des figures d'attachement, bien au-delà de ce qu'autorise l'âge de l'enfant, et se manifeste fréquemment par un refus scolaire, des cauchemars à thème de séparation ou des plaintes somatiques anticipatoires.
L'anxiété généralisée se traduit par un souci excessif et difficilement contrôlable, portant sur de multiples domaines à la fois — résultats scolaires, santé des proches, ponctualité, actualité du monde — accompagné de tension musculaire, de fatigue et de difficultés de concentration que l'on confond parfois, à tort, avec un trouble de l'attention.
L'anxiété sociale (ou phobie sociale) correspond à une peur intense du jugement ou de l'humiliation dans les situations sociales ou de performance. Elle se distingue de la simple timidité par l'intensité de la détresse et par l'ampleur de l'évitement qu'elle engendre ; elle apparaît volontiers avant l'adolescence et entretient un lien particulièrement fort avec un tempérament inhibé (voir section D).
Les phobies spécifiques concernent une peur circonscrite à un objet ou une situation précise — animaux, injections, vomissement, orages — dont l'intensité et l'évitement sont disproportionnés par rapport au danger réel.
Le mutisme sélectif, longtemps mal compris et parfois interprété comme de l'opposition ou un trouble du langage, est aujourd'hui reclassé parmi les troubles anxieux : l'enfant, capable de parler normalement dans certains environnements (la maison), se trouve dans l'incapacité constante de parler dans d'autres (l'école), sans que cela relève d'un choix. Il apparaît généralement entre trois et cinq ans, et la précocité de la prise en charge est l'un des meilleurs prédicteurs d'une évolution favorable.
Le trouble panique, plus rare avant l'adolescence, associe des attaques de panique récurrentes et inattendues à une anxiété anticipatoire de leur récidive.
Ces tableaux sont loin d'être mutuellement exclusifs : la comorbidité entre troubles anxieux, ainsi qu'avec la dépression ou le trouble déficitaire de l'attention avec hyperactivité, est la règle plutôt que l'exception, ce qui justifie une évaluation clinique large plutôt qu'une recherche isolée d'un diagnostic unique.
L'âge d'apparition de ces différents tableaux suit lui aussi une certaine logique développementale : l'anxiété de séparation et les phobies spécifiques émergent le plus souvent avant l'entrée à l'école primaire, tandis que l'anxiété sociale et le trouble panique apparaissent plus volontiers autour de la puberté — ce qui reflète la maturation progressive de la conscience de soi et du regard d'autrui chez l'enfant.
D. Comprendre les origines : tempérament, environnement et neurodéveloppement
Aucun trouble anxieux ne s'explique par une cause unique. La recherche développementale des vingt dernières années converge néanmoins vers un facteur de vulnérabilité particulièrement bien documenté : l'inhibition comportementale, un tempérament identifiable dès la petite enfance et caractérisé par un retrait, une appréhension et une détresse marqués face à la nouveauté — un visage inconnu, un jouet inattendu, une situation non familière. Ce tempérament concernerait environ 15 à 20 % des enfants et constitue, selon les revues les plus récentes, le prédicteur le plus robuste et le plus constant du développement ultérieur d'un trouble anxieux, en particulier de l'anxiété sociale.
Cette association mérite toutefois d'être nuancée avec précision, car elle est souvent mal comprise : les synthèses les plus rigoureuses sur le sujet montrent qu'environ 40 % seulement des enfants identifiés comme inhibés développeront effectivement un trouble anxieux diagnostiqué — ce qui signifie que la majorité d'entre eux n'en développeront pas. L'inhibition comportementale n'est donc en aucun cas une fatalité ni un diagnostic en soi ; elle constitue une sensibilité tempéramentale qui augmente une probabilité, sans la déterminer.
Ce qui fait basculer un enfant tempéramentalement inhibé vers un trouble anxieux avéré plutôt que vers un développement typique relève d'un ensemble de facteurs modérateurs : le style parental — la surprotection et le contrôle excessif tendant à renforcer l'évitement, tandis que l'encouragement graduel de l'autonomie tend à le limiter — mais aussi des mécanismes attentionnels propres à l'enfant, notamment sa capacité à réorienter volontairement son attention loin d'un stimulus menaçant plutôt que d'y rester fixé de façon automatique. Le contexte familial joue également un rôle non négligeable : un parent lui-même anxieux transmet un risque à la fois par une composante génétique et par des mécanismes de modelage et d'accommodation qui seront abordés plus loin.
Sur le plan neurodéveloppemental, les travaux disponibles associent ce tempérament à une réactivité accrue de certains circuits cérébraux impliqués dans la détection de la menace et à des biais attentionnels précoces vers les indices potentiellement menaçants de l'environnement. Ces éléments biologiques ne doivent toutefois pas être lus comme un déterminisme : ils décrivent une prédisposition qui interagit en permanence avec l'environnement relationnel de l'enfant, ce qui explique pourquoi les interventions centrées sur la famille — développées en section G — occupent une place aussi centrale dans les protocoles de prise en charge, aux côtés du travail direct avec l'enfant lui-même.
E. Le repérage clinique : pourquoi et comment évaluer
Le décalage entre la fréquence des troubles anxieux et la faible proportion d'enfants effectivement pris en charge constitue l'un des constats les plus constants de la littérature clinique. Ce décalage n'est pas anodin : les synthèses disponibles montrent que les enfants et adolescents porteurs d'un trouble anxieux non traité présentent, comparativement à leurs pairs, davantage de difficultés relationnelles, familiales et scolaires, et un risque accru de développer d'autres troubles psychiques à l'adolescence et à l'âge adulte, en particulier des troubles dépressifs.
Le repérage clinique s'appuie sur des outils validés qui viennent structurer l'entretien plutôt que le remplacer. Le questionnaire SCARED (Screen for Child Anxiety Related Emotional Disorders), décliné en version enfant et parent, en est l'exemple le plus utilisé internationalement : ses 41 items couvrent les principaux tableaux anxieux et permettent un dépistage systématique en quelques minutes. Des travaux récents ont confirmé sa fiabilité même auprès d'enfants d'âge préscolaire, une population pour laquelle l'outil n'avait pourtant pas été conçu à l'origine, ce qui élargit la fenêtre de dépistage possible bien avant l'entrée à l'école primaire. Au-delà du questionnaire lui-même, l'évaluation clinique complète associe généralement un entretien semi-structuré avec l'enfant et avec au moins un parent, les deux perspectives se recoupant rarement parfaitement — les enfants ayant tendance à rapporter davantage de vécu intérieur anxieux que ce que leurs parents ne perçoivent de l'extérieur, ce qui justifie de recueillir systématiquement les deux points de vue plutôt qu'un seul.
En pratique, ce repérage revient rarement à un seul professionnel : le médecin de famille ou le pédiatre, souvent le premier interlocuteur consulté pour des plaintes somatiques répétées, joue un rôle de sentinelle ; le psychologue scolaire peut identifier des signes dans le contexte des apprentissages ; le psychologue ou le pédopsychiatre assure ensuite l'évaluation diagnostique proprement dite. Le critère décisif pour orienter vers une évaluation spécialisée demeure le même que celui évoqué en section A : une anxiété qui dure, qui dépasse ce que la situation justifie, et qui limite concrètement la vie de l'enfant — plutôt que l'intensité apparente de la détresse à un instant donné, qui peut être trompeuse dans un sens comme dans l'autre.
F. Les thérapies cognitivo-comportementales : le traitement de première intention
Sur le plan thérapeutique, la thérapie cognitivo-comportementale (TCC) constitue à ce jour le traitement le mieux validé empiriquement pour les troubles anxieux de l'enfant, et figure comme traitement de première intention dans l'ensemble des recommandations cliniques internationales actuelles pour les enfants de six à dix-huit ans présentant une anxiété de séparation, une anxiété généralisée, une anxiété sociale, une phobie spécifique ou un trouble panique.
Son principe repose sur deux piliers complémentaires. Le premier est la restructuration cognitive, qui aide l'enfant à identifier les pensées catastrophistes automatiques qui accompagnent l'anxiété et à les confronter à la réalité. Le second, plus central encore, est l'exposition progressive : l'enfant est amené, selon une hiérarchie de peur construite avec lui, à affronter graduellement les situations redoutées plutôt qu'à les éviter. Ce second mécanisme est déterminant, car l'évitement, bien qu'il procure un soulagement immédiat, entretient et amplifie l'anxiété à moyen terme en empêchant l'enfant de découvrir par l'expérience que la situation redoutée est gérable — un cercle vicieux que l'exposition vise précisément à interrompre.
L'ampleur de l'efficacité de la TCC pour l'anxiété infantile est aujourd'hui bien quantifiée. Une synthèse Cochrane portant sur 87 essais randomisés et près de 6 000 enfants a établi un taux de rémission du diagnostic anxieux principal de 49 % après TCC, contre 18 % en l'absence de traitement — une différence qui, en termes cliniques, signifie qu'il suffit de traiter environ trois enfants pour qu'un d'entre eux bénéficie d'une rémission qu'il n'aurait pas obtenue autrement. Une méta-analyse plus récente, régroupant des études publiées entre 2015 et 2024, confirme une taille d'effet importante sur la réduction des symptômes anxieux, avec un bénéfice particulièrement marqué pour les formats de thérapie par le jeu adaptés aux enfants de quatre à douze ans — une population pour laquelle le travail cognitif verbal classique est peu adapté — et des effets qui se maintiennent à trois, six et douze mois après la fin du traitement, ce qui plaide en faveur d'un bénéfice durable plutôt que d'un simple soulagement transitoire. Sur le plan pratique, les protocoles ayant fait l'objet d'évaluations rigoureuses reposent le plus souvent sur des cycles d'au moins neuf à seize séances hebdomadaires structurées — un format relativement bref, qui contraste avec l'image, parfois répandue, d'une psychothérapie nécessairement longue et peu balisée dans le temps.
G. Impliquer les parents et la famille : au-delà de l'enfant seul
Traiter l'anxiété d'un enfant sans impliquer son entourage proche revient, dans bien des cas, à traiter la moitié du problème. La littérature clinique a mis en évidence un phénomène appelé « accommodation parentale » : par affection et pour épargner à l'enfant une détresse immédiate, les parents en viennent souvent, sans en avoir conscience, à répondre à sa place, à éviter préventivement les situations redoutées ou à multiplier les réassurances — des comportements compréhensibles, mais qui renforcent paradoxalement l'évitement et retardent l'apprentissage que l'enfant pourrait faire de sa propre capacité à faire face. Ce mécanisme est particulièrement visible dans le mutisme sélectif, où des parents en viennent souvent, de bonne foi, à parler à la place de leur enfant dans les situations sociales — un geste protecteur au quotidien, mais qui prive paradoxalement l'enfant des occasions mêmes dont il aurait besoin pour reprendre confiance dans sa propre parole.
C'est pourquoi les protocoles les plus robustes intègrent systématiquement un volet parental, sous des formes variables selon l'âge de l'enfant : coaching parental seul pour les plus jeunes, qui ne peuvent pas encore pleinement s'engager dans un travail cognitif verbal ; séances conjointes parent-enfant ; ou modules psychoéducatifs pour les familles d'adolescents. Les pratiques parentales positives dont l'effet protecteur est le mieux documenté consistent à aider l'enfant à reconnaître, nommer et valider ses émotions plutôt qu'à les minimiser ou, à l'inverse, à les traiter comme des urgences ; à encourager une autonomie progressive plutôt qu'une protection systématique face à l'inconfort ; et à modéliser soi-même des stratégies d'ajustement calmes face aux situations stressantes du quotidien.
Cette dimension familiale prend une importance particulière dans les situations de refus scolaire anxieux, une des présentations les plus fréquentes et les plus déstabilisantes pour les familles. Une revue systématique récente consacrée à ce sujet souligne que les interventions les plus efficaces combinent une action concertée entre l'enfant, la famille et l'établissement scolaire : un plan de réintégration progressive, des renforcements positifs pour la présence en classe, une communication étroite avec l'équipe pédagogique, et surtout un traitement de l'anxiété sous-jacente plutôt qu'une simple insistance sur la présence physique à l'école, qui, seule, tend à aggraver la détresse sans en traiter la cause.
H. Pharmacothérapie, options numériques et prévention
Lorsque l'anxiété est sévère, qu'elle s'accompagne d'un retentissement fonctionnel majeur, ou que la réponse à la psychothérapie seule reste insuffisante, un traitement pharmacologique peut être envisagé en complément — jamais en remplacement systématique — de la prise en charge psychothérapeutique. Les inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (ISRS) constituent, selon l'ensemble des recommandations cliniques actuelles, le traitement médicamenteux de première intention. Une méta-analyse récente portant sur onze essais randomisés et plus de 2 100 enfants et adolescents confirme leur efficacité supérieure au placebo, avec un risque d'effets indésirables graves faible, quoiqu'un risque accru d'activation comportementale — agitation, désinhibition — justifie un suivi clinique rapproché en début de traitement. Les inhibiteurs de la recapture de la sérotonine et de la noradrénaline (IRSN) constituent une option de seconde intention, généralement réservée aux adolescents plus âgés en cas de réponse insuffisante aux ISRS, en raison d'un profil d'effets secondaires légèrement moins favorable. Pour les formes les plus sévères, la combinaison d'une TCC et d'un ISRS montre généralement une efficacité supérieure à chacune des deux approches prises isolément.
L'un des obstacles les plus concrets à une prise en charge efficace reste toutefois l'accès aux soins : la pénurie de professionnels formés à la TCC pédiatrique est documentée dans la plupart des systèmes de santé occidentaux, et se traduit par des délais d'attente qui, en pratique, retardent considérablement le début du traitement. C'est dans ce contexte que les interventions numériques ont connu un développement rapide ces dernières années. Plusieurs synthèses récentes confirment l'efficacité de la TCC délivrée par voie numérique — applications, plateformes en ligne, programmes guidés à distance — pour réduire l'anxiété chez l'enfant et l'adolescent, y compris lorsque le contact avec un thérapeute est réduit au minimum. Un essai contrôlé randomisé de grande ampleur mené récemment au Royaume-Uni, portant sur 444 familles suivies en service de santé mentale infantile, a montré qu'une TCC pilotée par les parents, augmentée d'un support numérique et d'un accompagnement thérapeutique bref, obtenait une efficacité clinique non inférieure à la prise en charge standard, tout en réduisant considérablement le temps de thérapeute nécessaire — une piste sérieuse pour élargir l'accès aux soins sans compromettre leur qualité.
Enfin, la prévention occupe une place croissante dans la réflexion clinique. Les programmes universels délivrés en milieu scolaire, dont le plus étudié est le programme FRIENDS, visent à enseigner à l'ensemble des enfants d'une classe des compétences de gestion émotionnelle avant même l'apparition de symptômes cliniques. Une synthèse systématique récente confirme que ce type de programme produit un effet préventif mesurable sur les symptômes anxieux, particulièrement net lorsque le nombre de séances est suffisant et lorsque l'évaluation porte sur le suivi à long terme plutôt que sur l'effet immédiat — un rappel utile que la prévention, comme le traitement, demande du temps pour porter ses fruits.
Un trouble fréquent, mais rarement une fatalité
Trois constats se dégagent de l'ensemble de cette littérature. D'abord, les troubles anxieux de l'enfant sont fréquents et se dissimulent volontiers derrière des présentations qui n'ont, en apparence, rien à voir avec de l'anxiété — un mal de ventre récurrent, un refus scolaire, une colère jugée disproportionnée. Ensuite, leurs origines associent un tempérament identifiable dès la petite enfance à un environnement relationnel qui peut, selon les cas, amplifier ou atténuer ce risque initial : rien n'y est écrit d'avance. Enfin, et c'est sans doute le point le plus important à retenir pour les parents comme pour les professionnels, il s'agit de l'un des troubles psychiques de l'enfance pour lequel les données d'efficacité thérapeutique sont les plus solides et les plus constantes dans la littérature scientifique.
Cette dernière observation mérite d'être prise au sérieux sans être édulcorée : un enfant anxieux n'est pas condamné à le rester, à condition que le trouble soit reconnu et pris en charge selon des approches validées, et que cette prise en charge n'attende pas que la détresse devienne trop envahissante pour être ignorée. Reconnaître les signes précoces décrits dans cet article, oser en parler à un professionnel formé, et accepter qu'une évaluation ne soit pas un aveu d'échec parental : voilà, en définitive, ce que la recherche des dernières années invite à faire — sans détour ni fatalisme, mais avec la conviction, désormais bien étayée, qu'agir tôt change concrètement la trajectoire de l'enfant.
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